La découverte

15 ans, des vacances un peu longues, une amie qui me propose de participer avec elle à un stage de danse indienne dans l'île d'Oléron. Ce stage est encadré par Malavika, c'est le choc !
Je ne connaissais rien à l'Inde ni à cette danse que je venais tenter d'apprendre.
A la fin du stage, je repars avec l'adresse de Malavika et commence à prendre des cours réguliers à Paris. Cours que je suis avec passion en gardant en moi ce rêve in formulable : devenir danseuse de Bharata Natyam...
Voir Shakuntala sur scène m'ouvre les voies du possible, puis Madras et l'enseignement de V.S. Muthuswamy Pillaï ancre mon désir...

3 ans plus tard...
Dans un des quartiers les plus traditionnels de Madras, à Mylapore non loin du temple de Kapaleeswara dédié au Dieu Siva, une vieille bâtisse dont les murs rosés sont usés par la chaleur moite de l'Inde du Sud.
La rue des Juges Consuls derrière l'église St Merry à Paris où je suis les cours avec Malavika me semble loin !...
Un marchand de vélos... trois marches ... un long couloir sombre, puis à gauche un peu plus loin, une porte en bois de couleur verte d'où s'échappe le son du bâton qui martèle les rythmes accompagnant les pieds de la danseuse. J'entre dans cette petite pièce pour la première fois !

Le Maître : V.S. Muthuswamy Pillaï est assis sur une natte à même le sol.
Au dessus de lui, un fil à linge d'où pendent quelques dotis (vêtements portés par les hommes). Derrière, une armoire en bois : seul meuble de la pièce qui semble trôner et contenir des trésors ...
Au milieu du mur en hauteur, une petite fenêtre à barreaux : ouverture vers l'extérieur qui laisse entrer les bruits des klaxons, les voix nasillardes des marchands qui passent avec leurs chariots, les cris de joie des enfants qui jouent dans la rue. Ces sons se mélangent avec bonheur à la voix du maître qui récite les sollukattus (syllabes rythmiques) et fredonne les paroles d'une danse tout en mâchant son bétel. Un ventilateur au plafond brasse l'air chaud et l'élève ruisselle !
Les murs sont d'un bleu délavé ; sur un autre des quatre murs quelques cadres accrochés sur lesquels trônent les Dieux et les ancêtres ...

Quelques minutes plus tard, je dépose devant le maître une corbeille avec quelques offrandes : noix de coco, encens, bananes, bétel et fleurs. En recevant mes offrandes, sans échange de parole, il accepte de me communiquer son savoir, un lien fort et vivant vient de s'installer entre nous : le maître et moi : la disciple.
Je fais le Namaskar : joignant mes mains au dessus de la tête pour saluer les Dieux, puis au niveau du front pour saluer le Maître et enfin devant ma poitrine. Je viens effleurer de mes mains en signe de respect le petit bloc de bois sur lequel il frappe les rythmes ainsi que ses pieds, la première leçon peut commencer...

28 ans plus tard, le souvenir reste en moi, intact, ainsi que les odeurs, les sons et les émotions qui ont accompagnés ce moment inoubliable et d'une grande simplicité...

Kalpana : mon nom, est un pseudonyme.
Cela veut dire "imagination créatrice" en sanskrit.
J'ai choisi ce nom avec mon maître selon la tradition indienne (où l'on choisi un nom selon le thème astral), non pas pour changer de nationalité ou renier mes origines, car je reste profondément française par ma culture, ni par exotisme, mais simplement par choix esthétique.

Au fil des années et tout au long de mon apprentissage, la danse indienne est devenue partie de moi-même.

Cette discipline artistique m'a énormément apporté et continue aujourd'hui notamment grâce à la transmission aux élèves, à me faire avancer et à comprendre que l'on en a jamais terminé avec la découverte de soi et des autres...